Selon un communiqué de la Haute Autorité de santé, environ 4 % de la population adulte française serait atteinte d’apnées du sommeil (HAS). L’Assurance maladie précise de son côté qu’un ronflement sévère, qui gêne souvent les proches, accompagne la maladie dans 95 % des cas (Ameli). Or ce sont justement les proches qui le remarquent. Quand on dort seul, personne ne signale les pauses respiratoires, et le trouble peut passer inaperçu pendant des années.
Reconnaître une apnée du sommeil quand on dort seul
L’apnée du sommeil se traduit par des pauses respiratoires répétées pendant la nuit. Chacune provoque un micro-réveil, trop bref pour qu’on s’en souvienne, mais qui fragmente le sommeil. On passe huit heures au lit et on se lève pourtant comme si on avait mal dormi.
Sans témoin, il reste des traces à guetter au réveil : des maux de tête surtout le matin, une bouche sèche ou un mal de gorge sans rhume, des draps très défaits, des sueurs nocturnes. Certains se réveillent en sursaut avec une sensation d’étouffement. D’autres se lèvent plusieurs fois pour uriner, ce que les médecins appellent la nycturie, et mettent cela sur le compte de l’âge ou d’une tisane de trop.
Les signes de la journée qui devraient alerter
Le jour, la somnolence est le signal le plus parlant. Elle se manifeste par des coups de barre après les repas, des paupières lourdes devant un écran ou au volant, et le sentiment d’être moins reposé au réveil qu’au coucher. S’y ajoutent des difficultés de concentration, une mémoire en dents de scie, de l’irritabilité et parfois une baisse de libido.
Aucun de ces signes ne prouve quoi que ce soit pris isolément. Le tableau ci-dessous montre pourquoi le médecin les met en perspective.
| Signe | Moment | Autres explications possibles |
|---|---|---|
| Maux de tête matinaux | Au réveil | Tension, caféine, déshydratation, mauvaise literie |
| Bouche sèche | Au réveil | Nez bouché, respiration par la bouche, air sec |
| Besoin d’uriner la nuit | Pendant la nuit | Boissons le soir, problème de prostate, diabète |
| Somnolence dans la journée | Après les repas, en fin de journée | Dette de sommeil, médicaments, dépression |
| Draps défaits, sueurs | Pendant la nuit | Chambre trop chaude, changements hormonaux |
Qui est le plus exposé
Le surpoids pèse lourd dans la balance : l’Assurance maladie cite un indice de masse corporelle supérieur à 25 et un tour de taille élevé parmi les facteurs de risque, aux côtés de l’hypertension artérielle et du diabète de type 2 (Ameli). L’anatomie joue aussi : amygdales volumineuses, nez souvent bouché, mâchoire en retrait. L’alcool le soir et certains somnifères relâchent les muscles de la gorge et peuvent aggraver le problème.
Les personnes minces ne sont pas à l’abri pour autant. Si les signes sont là, les profils comptent moins que les symptômes.
Comment se faire dépister
Le point de départ est la consultation chez le médecin traitant. Il fait décrire les symptômes, propose souvent le questionnaire de somnolence d’Epworth, mesure l’IMC et le tour de taille, et peut orienter vers un ORL ou un spécialiste du sommeil.
Le diagnostic repose ensuite sur un enregistrement de la nuit. La polygraphie ventilatoire, qui suit le souffle, le débit d’air et l’oxygène dans le sang, dure au moins six heures. La polysomnographie, plus complète, ajoute l’activité du cerveau et des muscles, mais elle n’est pas prescrite systématiquement. Les résultats se résument par l’indice d’apnées-hypopnées : entre 5 et 15, l’apnée est légère, entre 16 et 30 modérée, au-dessus de 30 sévère (Ameli).
Les applications qui enregistrent les ronflements sur téléphone peuvent donner une idée, mais elles ne remplacent pas ces examens. Pour le prolongement côté nuit, notre article sur le bruxisme nocturne décrit un autre trouble qui laisse des traces au réveil.
Que faire en attendant le rendez-vous
- Tenez un carnet pendant deux semaines : heure du coucher et du lever, réveils, maux de tête, sensation au réveil.
- Remplissez l’échelle de somnolence d’Epworth, que votre médecin pourra vous donner ou que vous trouverez en ligne, et apportez le résultat.
- Limitez l’alcool le soir et évitez les repas lourds juste avant de dormir.
- Dormir sur le côté plutôt que sur le dos soulage certaines personnes, sans que cela remplace une prise en charge.
- Ne prenez pas le volant quand vous vous sentez somnolent, et signalez cette somnolence à votre médecin.
- Faites la liste de vos médicaments, certains jouent sur la vigilance et le sommeil.
Ce qu’il faut vraiment retenir
Quand on dort seul, personne n’entend les ronflements, mais les matins difficiles parlent d’eux-mêmes. Maux de tête au réveil, somnolence persistante, nuits entrecoupées de passages aux toilettes : si ces signes durent, un rendez-vous chez le médecin permet de savoir s’il faut passer une polygraphie. Le dépistage reste simple, et un traitement existe quand le diagnostic est posé.
Cet article est informatif et ne remplace pas un avis médical professionnel. Consultez un professionnel de santé pour toute question relative à votre situation personnelle.

