Près de 90 % des 12-17 ans se connectent quotidiennement aux réseaux sociaux, et 42 % d’entre eux y passent entre deux et cinq heures chaque jour, selon un rapport de l’Anses sur les usages numériques et la santé des adolescents. Ce constat ne concerne pas que les plus jeunes : de nombreux adultes, apparemment stables, ressentent eux aussi une anxiété diffuse après une session de défilement qui n’avait pourtant rien d’alarmant au départ.
Le mécanisme du défilement passif
Regarder les publications des autres sans interagir, ce que les chercheurs appellent le défilement passif, active en continu la comparaison sociale. Le cerveau compare sa propre journée, souvent ordinaire, aux moments les plus réussis de la vie des autres, mis en scène et filtrés. Cette comparaison tourne en boucle, sans jamais aboutir à une conclusion utile, et laisse une tension diffuse une fois l’écran éteint.
Réseaux sociaux et anxiété : ce que montre la recherche
L’Anses décrit l’usage des réseaux sociaux comme un facteur contributif des troubles anxieux chez les adolescents, sans l’isoler comme cause unique. Les filles seraient plus concernées que les garçons pour la majorité des effets étudiés. L’agence rappelle toutefois une limite importante : la plupart des études disponibles observent une association à un instant donné, sans prouver formellement que les réseaux sociaux causent l’anxiété plutôt que l’inverse. Une personne déjà anxieuse peut aussi se réfugier davantage dans le scroll.
Pourquoi certains profils sont plus vulnérables
Le soir, juste avant de dormir, la vigilance émotionnelle baisse naturellement. Un contenu anxiogène ou une comparaison douloureuse s’imprime alors plus facilement, faute de recul suffisant pour la relativiser. Les personnes déjà sujettes au perfectionnisme ou à une faible estime de soi semblent également plus sensibles à cette mécanique, puisque la comparaison y trouve un terrain déjà fragile.
Le rôle de l’algorithme dans cette spirale
Les plateformes ne présentent pas un fil neutre : l’algorithme met en avant ce qui retient le plus l’attention, et les contenus qui suscitent une émotion forte, positive ou négative, s’y prêtent particulièrement bien. Une publication qui déclenche de l’envie ou de la comparaison a donc statistiquement plus de chances d’apparaître en tête de fil qu’une publication neutre. Ce tri automatique, invisible pour l’utilisateur, entretient à son insu le climat de comparaison permanente évoqué plus haut. Plus on interagit avec un contenu chargé émotionnellement, plus l’algorithme en propose des semblables par la suite, ce qui referme peu à peu la boucle.
Usage actif ou passif : une nuance qui change tout
Toutes les utilisations ne se valent pas. Échanger des messages avec des proches, commenter, organiser une sortie via un groupe : ces usages actifs renforcent plutôt le lien social. C’est le défilement sans but, celui qu’on enclenche par réflexe dans une file d’attente ou avant de s’endormir, qui concentre le plus grand risque de comparaison anxiogène.
| Type d’usage | Exemple | Effet ressenti |
|---|---|---|
| Passif | Défiler sans interagir | Comparaison, anxiété diffuse |
| Actif | Échanger, commenter, organiser | Lien social renforcé |
| Nocturne | Scroll juste avant de dormir | Vigilance émotionnelle réduite |
| Ciblé | Suivre un sujet précis | Impact plus neutre |
Reprendre le contrôle sans tout arrêter
Arrêter les réseaux sociaux du jour au lendemain n’est ni réaliste ni forcément nécessaire pour la plupart des gens. Repérer les moments à risque, comme le soir au lit ou juste après une contrariété, permet déjà de limiter les épisodes de comparaison les plus intenses. Se demander pourquoi on ouvre l’application, avant même de l’ouvrir, aide aussi à distinguer un usage actif d’un défilement automatique. Prendre l’habitude de marcher dehors plutôt que de scroller, par exemple, agit aussi comme un remède simple et documenté contre l’anxiété.
- Couper les notifications non essentielles pour reprendre l’initiative de la connexion.
- Éviter le scroll dans l’heure qui précède le coucher.
- Privilégier les échanges directs avec des proches plutôt que le simple défilement.
- Se poser la question « pourquoi j’ouvre l’appli maintenant ? » avant de le faire.
- Suivre des comptes précis plutôt que de laisser le fil défiler au hasard.
Ce qu’il faut vraiment retenir
La façon dont on utilise les réseaux sociaux pèse davantage sur l’humeur que leur existence même. Le défilement passif et répété nourrit une comparaison sociale, tandis que le lien direct avec les autres l’atténue. Observer ses propres habitudes de connexion reste le moyen le plus concret de savoir si les réseaux apaisent ou grignotent, en silence, une part de tranquillité d’esprit.

