On entend souvent que pardonner sert à l’autre, que c’est un cadeau fait à celui qui nous a blessés. Cette idée explique pourquoi tant de gens refusent de le faire. Pourtant, pardonner concerne d’abord celui qui pardonne : il s’agit de cesser de porter un ressentiment qui occupe l’esprit à longueur de journée, sans nécessairement renouer avec la personne.
Ce que pardonner signifie, et ce que cela ne veut pas dire
Le mot prête à confusion. Pardonner laisse libre d’oublier ou non, d’excuser ou non, de reprendre contact ou non. Vous pouvez estimer qu’un acte était injuste, maintenir vos distances et malgré tout décider de ne plus ruminer. La distinction compte : beaucoup de personnes refusent le pardon parce qu’elles l’assimilent à une réconciliation.
Les psychologues parlent plutôt de processus. Le pardon avance par étapes, avec des retours en arrière, et il se travaille souvent sur plusieurs semaines ou plusieurs mois. Il ne se décrète pas un matin sous la douche.
Le poids du ressentiment sur le quotidien
Un grief ancien se manifeste de façon discrète. On repasse la scène en boucle avant de s’endormir, on évite certains lieux, on se crispe quand on croise le nom de la personne. Cette rumination mobilise de l’énergie mentale et entretient un état de tension, un peu comme une fenêtre ouverte en permanence sur l’ordinateur.
Plusieurs travaux de psychologie positive associent la capacité à pardonner à un meilleur moral et à moins de symptômes d’anxiété, même si la recherche reste surtout corrélationnelle : on ne sait pas toujours si le pardon apaise ou si les personnes apaisées pardonnent plus facilement. Nous avons déjà évoqué ce mécanisme dans notre article sur les émotions refoulées et leurs effets sur le corps.
Les étapes d’un pardon qui avance
Les chercheurs décrivent plusieurs phases, que l’on traverse rarement dans l’ordre. D’abord reconnaître la blessure et sa gravité, sans la minimiser. Ensuite accepter la colère ou la tristesse qui l’accompagne. Puis tenter de comprendre le contexte de l’autre, sans le justifier. Enfin choisir de lâcher la rancune, quitte à y revenir plusieurs fois.
| Étape | Ce qu’on fait | Piège à éviter |
|---|---|---|
| Reconnaître | Nommer ce qui s’est passé | Minimiser par politesse |
| Ressentir | Accueillir colère et tristesse | Les enfouir |
| Comprendre | Replacer les faits dans leur contexte | Excuser l’inexcusable |
| Choisir | Décider de ne plus ruminer | Attendre de « sentir » le pardon |
Quand le pardon n’est pas la bonne option
Certaines situations demandent une extrême prudence : violences, harcèlement, relation d’emprise. Dans ces cas, la priorité reste la sécurité de la personne et le soutien d’un professionnel. Pardonner n’est jamais une obligation, et personne n’a à se sentir coupable de ne pas y parvenir. On peut très bien poser une limite ferme et travailler sur l’apaisement par d’autres voies.
Il arrive aussi que la personne concernée soit décédée ou injoignable. Le pardon se déroule alors entièrement en soi, par exemple en écrivant une lettre qu’on n’enverra pas.
Les gestes concrets pour avancer
- Écrivez ce que vous reprochez à la personne et ce que cela vous a coûté, sans filtre, puis relisez le lendemain.
- Rédigez une lettre non envoyée : mettre des mots sur le papier aide à sortir la rumination de la tête.
- Identifiez ce que vous voulez garder de la situation, par exemple une limite ou une leçon.
- Parlez-en à un proche ou à un thérapeute plutôt que de ressasser seul.
- Prenez une marche quotidienne : le mouvement aide à interrompre les pensées en boucle.
Combien de temps cela prend-il ?
Aucune durée standard n’existe. Une petite vexation se dissipe parfois en quelques jours, alors qu’une trahison profonde peut demander des mois, voire des années. Les périodes de fête, les anniversaires ou une simple chanson peuvent réveiller la blessure, ce qui ne signifie pas un échec du travail déjà accompli.
Se pardonner à soi-même
Le même principe s’applique aux fautes qu’on se reproche. Se pardonner consiste à reconnaître l’erreur, à réparer ce qui peut l’être et à cesser de se punir. Beaucoup de personnes se montrent plus dures avec elles-mêmes qu’elles ne le seraient avec un ami dans la même situation, ce qui entretient la culpabilité sans rien réparer.
Ce qu’il faut vraiment retenir
Pardonner revient à poser un sac que vous portiez seul, sans rien devoir à l’autre. Le processus prend du temps, comporte des allers-retours et ne s’impose jamais. Commencez par une lettre non envoyée, puis laissez passer quelques semaines : si la rumination se fait moins fréquente, c’est que le travail avance. Si elle persiste et pèse sur votre sommeil ou votre humeur, un psychologue pourra vous accompagner.

