Dix minutes sur le canapé, un regard par la fenêtre, pas de téléphone, pas de livre, pas de podcast. Pour beaucoup d’entre nous, cette scène ressemble moins à du repos qu’à une faute professionnelle. Aux Pays-Bas, elle porte un nom : le niksen, littéralement « ne rien faire ». Importé en France comme une énième tendance bien-être, il mérite mieux qu’un effet de mode, à condition de bien comprendre de quoi il s’agit.
Niksen : ne rien faire, mais pas n’importe comment
Le niksen n’est ni de la méditation, ni de la sieste, ni du zapping devant un écran. On ne cherche pas à vider son esprit, à contrôler sa respiration ou à atteindre un état particulier. On s’autorise simplement à rester sans but : regarder la pluie, suivre les nuages, écouter la maison, laisser filer ses pensées sans chercher à les ordonner.
La différence avec la pleine conscience est essentielle. La méditation demande une attention dirigée et un effort d’entraînement. Le niksen demande l’inverse : aucune performance, aucune technique. C’est précisément ce qui le rend à la fois très simple et, pour des personnes habituées à l’hyper-productivité, étonnamment difficile.
Pourquoi le cerveau en a besoin
Lorsque nous ne sommes pas concentrés sur une tâche, le cerveau ne s’éteint pas. Il active ce que les neuroscientifiques appellent le réseau du mode par défaut, impliqué dans la rêverie, la mémoire autobiographique et la résolution créative de problèmes. Ces moments de flottement laissent le cerveau trier, relier, digérer ce qu’il a reçu. Le besoin de stimulation permanente, au contraire, laisse peu de place à ce travail de fond.
Il faut rester prudent : le niksen lui-même a été peu étudié en tant que pratique. Ce qu’on peut dire, c’est qu’il rejoint un ensemble d’observations sur l’intérêt des pauses, de l’ennui supportable et des temps sans écran pour la créativité et la régulation du stress. C’est une piste de bon sens, pas un traitement.
Niksen, méditation, procrastination
| Pratique | Intention | Effort demandé |
|---|---|---|
| Niksen | Se reposer sans but | Aucun, simplement lâcher prise |
| Méditation | Entraîner l’attention | Régularité et concentration |
| Procrastination | Éviter une tâche | Souvent accompagnée de culpabilité |
| Pause écran | Se distraire | Nul, mais sollicite l’attention |
La procrastination et le niksen se ressemblent de l’extérieur, mais pas de l’intérieur : dans le premier cas, on fuit une tâche en gardant l’esprit tendu ; dans le second, on choisit de se poser et d’accepter le temps libre.
Comment l’essayer chez soi
Aucun matériel, aucun programme. Quelques repères aident à démarrer :
- commencer par cinq à dix minutes, à un moment calme de la journée, pas au milieu d’une to-do list ;
- poser le téléphone dans une autre pièce, ou au moins hors de portée ;
- s’installer près d’une fenêtre, avec un thé ou simplement les mains libres ;
- laisser les pensées passer sans les juger, y compris les plus triviales ;
- accepter l’ennui des premières minutes, qui précède souvent une vraie détente ;
- ne pas transformer l’exercice en objectif de productivité : il n’y a rien à réussir.
Dans le même esprit de ralentissement, notre article sur le slow living propose d’autres manières de lever le pied sans s’imposer un énième programme.
Les limites à garder en tête
Le niksen n’est pas la réponse à tout. Si l’oisiveté fait surgir de l’angoisse, de la rumination ou des pensées sombres, ce n’est pas un signe d’échec : c’est le signe qu’il vaut mieux en parler à un professionnel. Et si vous vous sentez épuisé depuis des semaines, démotivé ou incapable de ressentir du plaisir, il ne s’agit pas d’un manque de temps libre, mais d’un état qui mérite un avis médical ou psychologique.
Ce qu’il faut vraiment retenir
Ne rien faire, ce n’est pas perdre son temps. Quelques minutes sans objectif, sans écran et sans culpabilité laissent au cerveau l’espace dont il a besoin pour se reposer et rebondir. Le niksen reste une pratique simple, gratuite et peu risquée, mais elle ne remplace ni le sommeil, ni les vacances, ni un accompagnement quand la fatigue s’installe. Pour la tester, il suffit de dix minutes, d’une fenêtre et d’un peu d’audace.

